La mission militaire de la coalition dirigée par les États-Unis en Irak s’est achevée le 30 septembre 2026, à l’issue d’un retrait progressif qui avait déjà conduit au départ des forces de la plupart des bases irakiennes. Cette transition ne met pas fin à la coopération internationale en matière de sécurité. Elle en modifie la forme, avec une importance croissante accordée aux partenariats bilatéraux, aux missions de conseil, à la formation et aux systèmes opérés par les institutions irakiennes.
Pour le secteur irakien de la sécurité intérieure, le besoin porte de plus en plus sur des capacités connectées : des capteurs reliés aux centres de commandement, des communications sécurisées capables d’atteindre les zones reculées, des systèmes de police numérique permettant une circulation rapide de l’information, ainsi que des programmes de formation qui permettent de conserver les compétences au sein des institutions irakiennes.
Les frontières deviennent un système de sécurité connecté

La frontière syrienne illustre cette évolution. Le ministère irakien de l’Intérieur décrit les 618 kilomètres de frontière comme un dispositif à plusieurs niveaux combinant ouvrages d’ingénierie, moyens de surveillance et personnel. En mai 2026, le ministère faisait état de 380 kilomètres de mur en béton achevés, de 905 caméras thermiques et de 1 606 tours de guet, auxquels s’ajoutent des drones et d’autres barrières physiques.
La technologie est de plus en plus intégrée aux systèmes de commandement et de contrôle, plutôt que déployée sous forme d’équipements isolés. Selon les informations du ministère, des capteurs de mouvement, des caméras de surveillance de jour comme de nuit et des aéronefs électroniques à voilure fixe transmettent des images aux centres nationaux de commandement et de contrôle des forces chargées des frontières. Un nouveau centre de surveillance et de contrôle a ouvert en novembre 2025 afin de relier les postes-frontières au quartier général, tout en intégrant des caméras thermiques et des aéronefs sans pilote.
Les besoins vont donc bien au-delà des seules clôtures. Surveillance continue, communications résilientes, fusion des données, suivi à distance, plateformes de commandement interopérables et soutien à la maintenance constituent de plus en plus les différents éléments d’une même architecture de sécurité frontalière.
Les communications sécurisées deviennent une priorité
En janvier 2026, le département d’État américain a approuvé une éventuelle vente militaire à l’étranger portant sur des terminaux à très petite ouverture (VSAT) et des équipements associés à destination de l’Irak, pour un montant estimé pouvant atteindre 110 millions de dollars. Le programme proposé comprend des terminaux VSAT, des modems, des concentrateurs, des terminaux satellites tactiques portables en bande L, des pièces de rechange, ainsi que des prestations de formation, d’ingénierie, de soutien technique et logistique.
Ce programme s’appuie sur un précédent dossier déjà mis en œuvre, d’une valeur de 46 millions de dollars, et vise à renforcer les communications satellitaires au sein de l’infrastructure de communication et des capacités de commandement et de contrôle du ministère de la Défense. Deux représentants supplémentaires du gouvernement américain et cinq représentants de prestataires accompagneraient le programme en Irak pendant cinq ans, à travers des revues, des conseils en ingénierie, des évaluations techniques et des formations dispensées dans le pays.
Cette dimension de soutien dans la durée est importante. La modernisation de l’Irak associe de plus en plus l’acquisition d’équipements à leur intégration, leur maintenance et au transfert de compétences, en particulier lorsque les systèmes doivent rester opérationnels sur de vastes territoires et relier plusieurs institutions.
La modernisation de la police passe du papier aux plateformes numériques
À l’intérieur du pays, le ministère de l’Intérieur prévoit d’achever en 2026 le transfert des responsabilités de sécurité dans les villes vers les forces de police, dans la continuité des responsabilités déjà assumées dans plusieurs provinces et d’autres zones. La tendance générale est celle d’un modèle davantage orienté vers le service, soutenu par la police de proximité, des procédures opérationnelles standardisées et la formation institutionnelle.
La numérisation fait désormais partie du travail quotidien de la police. Au poste de police modèle d’Al-Saydiya, un système d’automatisation électronique mis en place en juin 2025 permet d’enregistrer les dossiers de manière numérique et de transmettre les informations à l’Agence de police ainsi qu’aux centres d’information du ministère de l’Intérieur. La modernisation concerne également les passeports électroniques, les cartes nationales d’identité et les visas électroniques.
La cybersécurité découle directement de cette évolution. En mars 2026, le ministère de l’Intérieur a détaillé les mesures mises en place pour protéger la base de données nationale d’identité, notamment des réseaux internes sécurisés, des pare-feux avancés, des systèmes de détection des menaces basés sur l’intelligence artificielle, le chiffrement, des connexions entre le centre de données et le centre des opérations de sécurité, ainsi que des tests d’intrusion réguliers. Le développement des services publics numériques crée donc en parallèle un besoin accru de protéger les données et les réseaux dont ces services dépendent.
La formation devient une composante des marchés
La reconstruction des capacités irakiennes se reflète également dans la manière dont équipements et expertise sont acquis conjointement. Des personnels du ministère de l’Intérieur ont été envoyés en Corée du Sud pour se former à l’utilisation d’aéronefs de secours et de lutte contre les incendies acquis pour la Défense civile, tandis que des programmes internationaux continuent de soutenir le leadership policier, l’analyse criminelle, la gestion intégrée des frontières, les compétences médico-légales et l’échange sécurisé d’informations.
La mission de l’OTAN en Irak reste une mission non combattante de conseil et de renforcement des capacités, travaillant avec le ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur, le commandement de la Police fédérale et d’autres institutions irakiennes. Bien que le personnel de l’OTAN ait été transféré de Bagdad à Naples en mars 2026 en raison de la situation sécuritaire régionale, la mission se poursuit, avec des domaines de travail comprenant les politiques et stratégies, le développement des forces, la gestion des ressources et la gouvernance institutionnelle.
Les activités européennes de conseil suivent une approche institutionnelle similaire. Des responsables irakiens ont travaillé avec Frontex sur la gestion intégrée des frontières, avec INTERPOL sur l’échange sécurisé d’informations à l’échelle internationale, et avec des experts européens de la police sur le leadership stratégique et l’analyse criminelle. Dans ce contexte, le transfert de technologie concerne donc autant les procédures, la formation et les capacités institutionnelles que les équipements eux-mêmes.
Doha, une plateforme pour le développement des capacités
Milipol Qatar 2026 se tiendra du 20 au 22 octobre au Doha Exhibition and Convention Center, moins d’un mois après le retrait prévu de la coalition. Ses secteurs d’activité couvrent notamment les systèmes d’information et de communication, l’intégration de systèmes, la défense civile, les forces de l’ordre, la sécurité périmétrique, la sécurité urbaine, le contrôle des frontières et la lutte contre la cybercriminalité.

Le deuxième Doha AI Security Summit se tiendra parallèlement au salon, avec des thématiques telles que le renseignement prédictif, la résilience cyber-physique, la protection des infrastructures critiques et les systèmes de sécurité autonomes. Pour les institutions irakiennes, ce calendrier intervient à un moment où la maîtrise à long terme des capacités, leur intégration et le transfert de compétences deviennent des éléments centraux de la modernisation de la sécurité.
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