En Arabie saoudite, la planification de la sécurité devient indissociable de la mise en œuvre des grandes infrastructures et des événements publics. Vision 2030 a accru le nombre et la complexité des sites nécessitant une protection, tandis que les grands rassemblements continuent d’imposer des exigences exceptionnelles en matière de surveillance des foules, de sécurité des transports et de systèmes de commandement. Parallèlement, les règles de localisation transforment la manière dont les fournisseurs internationaux abordent le marché, en mettant davantage l’accent sur une participation industrielle à long terme plutôt que sur la seule vente d’équipements.
La localisation s’intègre à la chaîne d’approvisionnement
Le programme de localisation du Royaume constitue l’indicateur le plus clair de cette évolution. La General Authority for Military Industries (GAMI), l’autorité gouvernementale saoudienne chargée de réglementer et de développer le secteur des industries militaires et de superviser notamment les licences et les achats militaires, a indiqué que le taux de localisation des dépenses militaires avait atteint 24,89 % à la fin de 2024, pour un objectif supérieur à 50 % d’ici 2030.
Les implications vont au-delà de la production nationale. À la fin de 2024, 572 licences et autorisations militaires avaient été délivrées dans les domaines de la fabrication, des services et des activités d’approvisionnement, élargissant ainsi la base industrielle du secteur. Les entreprises internationales qui souhaitent accéder aux marchés de la défense et de la sécurité sont de plus en plus incitées à intégrer la localisation dès la conception des projets, le programme de participation industrielle de la GAMI couvrant notamment les partenariats stratégiques, le transfert de technologies, les chaînes d’approvisionnement locales, la participation des PME et le développement d’une main-d’œuvre spécialisée.
Pour les entreprises spécialisées dans les technologies de sécurité, cette évolution modifie le rythme des achats. Les plateformes de surveillance, les communications sécurisées, les systèmes autonomes et les technologies de commandement peuvent devoir s’accompagner de capacités locales en matière de maintenance, de formation, d’intégration ou de fabrication. La question commerciale n’est donc plus seulement de savoir si une technologie est performante, mais aussi comment elle peut s’intégrer dans un écosystème saoudien capable de maintenir et de développer cette capacité sur le long terme.
Les grands rassemblements deviennent un test technologique

Peu d’environnements opérationnels illustrent aussi directement la nécessité d’une sécurité à grande échelle que le Hajj, le pèlerinage islamique annuel à La Mecque. En 2026, l’Arabie saoudite a accueilli 1 707 301 pèlerins pendant la saison du Hajj, dont plus de 1,54 million venus de l’extérieur du Royaume.
Gérer des mouvements de cette ampleur exige bien plus qu’un contrôle conventionnel des foules. Lors de la saison 2026, la plateforme Sawaher a connecté plus de 5 000 caméras réparties sur 80 sites, avec l’appui de 31 tableaux de bord et de 16 algorithmes d’intelligence artificielle. Le système a analysé les mouvements de foule et les zones de forte densité depuis des centres d’opérations fonctionnant 24 heures sur 24.
Cette combinaison de capteurs, d’outils d’analyse et de centres d’opérations met en évidence un besoin plus large en matière de sécurité interopérable. La vidéosurveillance doit être connectée aux réseaux de communication, aux systèmes de contrôle d’accès et aux processus de décision opérationnelle. Les données doivent circuler suffisamment rapidement pour aider les autorités à identifier l’évolution des conditions, tandis que les systèmes doivent être suffisamment résilients pour rester disponibles pendant les périodes de plus forte sollicitation.
Cette même exigence s’applique au-delà du pèlerinage. Les aéroports, les réseaux ferroviaires, les stades, les lieux de divertissement et les quartiers urbains créent tous des environnements dans lesquels la densité des foules, la gestion des accès, les interventions d’urgence et la cybersécurité se recoupent de plus en plus.
Les giga-projets élargissent le périmètre de sécurité
Le programme de giga-projets de l’Arabie saoudite ajoute une nouvelle dimension aux besoins de sécurité du pays, même si les différents projets progressent à des rythmes variables. Le Public Investment Fund (PIF), le fonds souverain saoudien, reste étroitement impliqué dans ces développements. Qiddiya City poursuit son développement à l’ouest de Riyad, tandis que NEOM reste actif tout en faisant l’objet d’un important réajustement de ses plans initiaux. La région élargie de NEOM couvre 26 500 kilomètres carrés, mais des composantes emblématiques telles que The Line sont désormais développées selon ce que NEOM décrit comme une approche progressive, adaptée à la demande. Des sources indépendantes ont également fait état d’une réduction plus large de l’ambition initiale et d’une redéfinition des priorités du programme.
Le développement se poursuit néanmoins dans certaines parties de NEOM. À Oxagon, sa ville industrielle située sur la mer Rouge, la construction des premiers 100 MW d’une première phase prévue de 360 MW d’un campus de centres de données dédiés à l’IA a débuté en août 2026. Qiddiya poursuit également son développement, les travaux du National Tennis Centre de Qiddiya City étant annoncés comme bien avancés en juin 2026. Ces projets illustrent comment les grands développements peuvent générer des besoins de sécurité couvrant le contrôle d’accès, les infrastructures numériques, la surveillance, les communications ainsi que la protection des réseaux de transport et de services publics.
Expo 2030 Riyadh présente un autre type de défi. Cet événement de six mois, prévu d’octobre 2030 à mars 2031, doit se dérouler sur un site de six millions de mètres carrés et accueillir environ 42 millions de visites. Son ampleur rassemble des enjeux de gestion des foules, d’accréditation, de sécurité des transports, de communications d’urgence, de cybersécurité et de surveillance d’espaces publics très fréquentés.
Ces développements encouragent une évolution des produits de sécurité isolés vers des architectures intégrées dans lesquelles caméras, drones, systèmes d’identité, réseaux de communication et outils d’analyse peuvent échanger des informations à l’échelle de vastes sites. La stratégie 2026-2030 du PIF met davantage l’accent sur l’efficacité des investissements, les écosystèmes économiques nationaux et la participation du secteur privé, renforçant ainsi l’importance des technologies de sécurité capables de s’intégrer dans des programmes d’infrastructure plus larges plutôt que d’être déployées comme des installations autonomes.
Doha réunit les enjeux de sécurité régionaux
Ces priorités constituent un contexte naturel pour Milipol Qatar 2026, qui revient au Doha Exhibition and Convention Center du 20 au 22 octobre. Cette 16e édition marque également les 30 ans de la première tenue de l’événement à Doha. Plus de 250 exposants et plus de 14 000 visiteurs sont attendus.

Son périmètre reflète étroitement les technologies mobilisées pour répondre aux besoins de sécurité à grande échelle de l’Arabie saoudite, notamment l’intégration des systèmes, la protection des données, la sécurité urbaine, la sécurité des transports, le contrôle des frontières, la protection des sites critiques et la cybersécurité.
Pour les acteurs de la sécurité dans le Golfe, Doha offre ainsi un cadre régional permettant d’examiner les enjeux de localisation, d’intelligence artificielle, de surveillance intégrée et de protection des infrastructures à travers des projets qui passent déjà de la phase de planification à une exploitation de long terme. L’échelle de l’Arabie saoudite rend ces besoins particulièrement visibles, mais les questions sous-jacentes d’interopérabilité, de résilience et de souveraineté capacitaire concernent l’ensemble de la région.
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