L'intelligence artificielle fait évoluer la réponse aux feux de forêt, passant d'une approche réactive à une approche proactive, en intégrant la cartographie des risques liés à la chaleur, la surveillance par drone, la détection précoce des incendies et la planification des évacuations au sein d'un tableau global de la sécurité publique. Alors que les vagues de chaleur extrême redéfinissent la géographie des risques, les services de lutte contre les incendies, la police, la protection civile et les collectivités locales sont amenés à partager plus rapidement leurs renseignements.
Publié le 19 août 2026 à 1:33 | Modifié le 19 août 2026 à 1:58

Les épisodes de chaleur extrême modifient le paysage sécuritaire de l’été. Ce qui était autrefois considéré principalement comme un enjeu saisonnier de protection civile devient un véritable test pour la résilience nationale, la gouvernance urbaine et la coordination opérationnelle. Les incendies menacent désormais non seulement les forêts et les communautés rurales, mais aussi les axes de transport, les hôpitaux, les réseaux électriques, les sites industriels et les zones périurbaines densément peuplées.

En 2024, au moins 13,5 millions d’hectares de forêt ont brûlé dans le monde, faisant de cette année la plus extrême jamais enregistrée en matière d’incendies de forêt et dépassant d’environ 13 % le précédent record établi en 2023. En Europe, 2025 est devenue la saison des feux de forêt la plus destructrice jamais enregistrée dans l’UE, avec plus d’un million d’hectares brûlés dans 25 États membres. Au 24 juin 2026, l’UE avait déjà enregistré 921 incendies et 108 709 hectares brûlés, soit plus du double du nombre moyen d’incendies observé sur le long terme pour la même période.

Des cartes de chaleur à la sécurité publique prédictive

La police prédictive, dans le contexte des zones à haut risque liées à la chaleur, concerne moins la prévision de la criminalité que le déploiement des moyens de sécurité publique. La même logique analytique utilisée pour anticiper les mouvements de foule, les embouteillages ou les troubles peut être appliquée aux itinéraires d’évacuation, aux quartiers vulnérables, aux zones à risque de départ de feu et aux sites critiques exposés à des perturbations en cascade.

Les modèles d’IA sont de plus en plus capables de combiner les données météorologiques, la sécheresse de la végétation, l’utilisation des sols, l’historique des incendies, l’accès routier, la densité de population et les délais d’intervention des services d’urgence. Associés aux alertes de chaleur, aux capacités hospitalières et aux données de mobilité, ces systèmes peuvent aider les autorités à déterminer où positionner les patrouilles, les équipes de lutte contre les incendies, les services de protection civile et les unités d’information du public avant qu’une crise ne s’aggrave.

La valeur opérationnelle se joue en quelques minutes. Les alertes précoces permettent à la police de fermer des routes avant que la fumée ne réduise la visibilité, aux autorités municipales d’ouvrir des centres de rafraîchissement et aux services d’incendie de prépositionner des équipes à proximité des zones où le risque de départ de feu est élevé. Elles aident également les responsables de la planification des secours à identifier les endroits où une évacuation pourrait être compliquée par la présence de populations âgées, de quartiers informels, d’écoles, de campings ou de risques industriels.

Drones, caméras et détection des incendies par l’IA

Avion de lutte contre les incendies volant à basse altitude au-dessus d’un feu de forêt, avec flammes et fumée sur la colline.

Le changement le plus visible concerne la détection. Des caméras équipées d’IA, des systèmes satellitaires et des drones thermiques sont déployés pour repérer les panaches de fumée, les anomalies thermiques et la progression des incendies avant même que les appels aux services d’urgence ne confirment un incident. L’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle a identifié les satellites alimentés par l’IA, les drones thermiques, les jumeaux numériques et les capteurs comme faisant partie d’une nouvelle génération de technologies de lutte contre les feux de forêt.

Ces outils ne remplacent pas les pompiers. Ils élargissent leur champ de vision. Les drones peuvent inspecter des terrains trop dangereux pour les équipes, détecter des points chauds après qu’un incendie semble maîtrisé et transmettre des images en direct aux centres de commandement. L’IA peut analyser d’importants flux d’images, signaler les anomalies et hiérarchiser les alertes afin qu’elles soient vérifiées par des opérateurs humains. Face à des incendies qui progressent rapidement, cette combinaison peut réduire l’incertitude au moment critique où les responsables doivent décider d’attaquer le feu, de défendre une zone ou de se replier.

La recherche s’oriente également vers une modélisation plus dynamique. Une étude publiée en 2025, utilisant les données satellitaires de Meteosat Third Generation, a exploré la possibilité de suivre à haute fréquence les temps d’arrivée du feu, sa vitesse de propagation et l’évolution des surfaces brûlées, ouvrant ainsi la voie à un potentiel soutien opérationnel en temps quasi réel. Ces systèmes restent dépendants de la qualité des données, de leur validation et de la présence de décideurs formés, mais ils dessinent un avenir où le comportement des incendies ne serait plus simplement observé depuis le sol, mais modélisé en continu depuis le ciel.

Sécurité des pompiers et capacités mondiales

Les capacités de lutte contre les incendies se renforcent, mais de manière inégale. Les États-Unis comptaient un peu plus de 1,01 million de pompiers en 2023, tandis que la National Fire Protection Association estimait à 53 575 le nombre de blessures subies par les pompiers municipaux en 2024. En France, 91 000 des 258 641 pompiers du pays sont désormais formés à la lutte contre les feux de forêt, soit une hausse de 10 % en cinq ans, alors que les autorités se préparent à des saisons présentant des risques accrus.

Les moyens aériens sont également renforcés. Pour l’été 2026, l’UE a annoncé sa plus importante capacité de réponse aux feux de forêt à ce jour, avec 777 pompiers prépositionnés dans les pays à haut risque et 22 avions de lutte contre les incendies ainsi que cinq hélicoptères prêts à être déployés. Le Canada a investi 316,7 millions de dollars canadiens, soit environ 216 millions d’euros, sur cinq ans afin de mettre en place une capacité nationale de renfort aérien pour la lutte contre les incendies, comprenant 10 avions et deux appareils de soutien pour la saison 2026. Le National Aerial Firefighting Centre australien affrète 175 appareils pour le compte des gouvernements des États et territoires, tandis que plus de 500 appareils sont disponibles à travers le pays lorsque l’on inclut les capacités supplémentaires des États et des opérateurs.

Cependant, les capacités ne se mesurent pas uniquement en nombre d’appareils et de personnels. Elles dépendent également de systèmes de communication interopérables, de cartes partagées, de protocoles d’évacuation communs et de la capacité à mobiliser des ressources au-delà des frontières. À mesure que les saisons des incendies se chevauchent entre les hémisphères et les régions, la location d’appareils ou le recours à des équipes spécialisées venues d’autres territoires deviennent plus difficiles. La planification prédictive et l’intervention précoce prennent donc une importance croissante.

Feu de forêt brûlant en bordure d’une route tandis qu’une épaisse fumée se propage dans un paysage boisé.

Coordonner la police, la protection civile et les autorités locales

La gestion d’une situation d’urgence liée à un incendie provoqué par une chaleur extrême repose sur une opération multi-agences dès la première alerte. Les services d’incendie combattent et maîtrisent le feu. La police gère les accès, les évacuations et l’ordre public. La protection civile coordonne les centres d’accueil, l’assistance médicale et la logistique. Les autorités locales informent les habitants, protègent les infrastructures essentielles et accompagnent les personnes vulnérables.

L’IA peut renforcer cette coordination lorsqu’elle permet de créer une vision opérationnelle commune plutôt qu’une série de tableaux de bord isolés. Une plateforme partagée peut afficher, sur une même interface, la progression de l’incendie, les routes bloquées, la localisation des hôpitaux, les fermetures d’écoles, les flux vidéo des drones et les zones d’évacuation. Elle peut également faciliter la diffusion de messages ciblés à la population, en demandant à un quartier de se préparer, à un autre d’évacuer et à un troisième d’éviter un axe de transport.

L’utilisation de ces technologies soulève également des enjeux opérationnels et de gouvernance. La fiabilité des outils prédictifs dépend directement des données et des modèles sur lesquels ils reposent, tandis que la surveillance par drone au-dessus des zones peuplées nécessite des règles claires concernant l’utilisation, la conservation et le partage des images. La cartographie des risques liés à la chaleur peut être particulièrement utile lorsqu’elle aide les autorités à répartir équitablement les ressources et à communiquer les risques de manière ciblée. Pour les services d’urgence, l’IA est donc avant tout un outil d’aide à la décision, le jugement opérationnel restant entre les mains des professionnels.

Renforcer la résilience avant le départ du feu

L’avenir de la gestion des feux de forêt et des risques liés à la chaleur se joue avant même l’apparition des premières flammes. Il dépendra de la gestion des territoires, des normes de construction, de la sensibilisation du public, des accords d’assistance mutuelle, de la résilience des communications et des investissements consacrés à la sécurité des pompiers. L’IA et les drones peuvent accélérer les interventions, mais ils ne peuvent compenser une prévention insuffisante, une application défaillante des règles ou une chaîne de commandement fragmentée.

Pour les responsables de la sécurité intérieure et de la sécurité publique présents à Milipol Paris et aux autres événements du Milipol Network, le constat est clair : les risques liés au climat sont désormais des enjeux opérationnels de sécurité. La prochaine étape en matière de préparation nécessitera que les services d’incendie, la police, la protection civile, les municipalités, les fournisseurs de technologies et les opérateurs d’infrastructures critiques travaillent à partir d’une même vision des risques. Liens vers des images libres de droits pertinentes :

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