La démonstration organisée par ASELSAN en juin à Ankara a placé la défense intégrée contre les drones au cœur d’un débat plus large sur la sécurité intérieure. À mesure que les petits systèmes aériens sans pilote deviennent plus accessibles, les autorités chargées de la sécurité examinent comment les options de détection, de riposte électronique et d’énergie dirigée peuvent être combinées pour offrir une protection proportionnée et à plusieurs niveaux.
Publié le 20 août 2026 à 6:35 | Modifié le 20 août 2026 à 6:58

La défense anti-drones est passée d’une exigence militaire spécialisée à une préoccupation partagée par les agences de contrôle aux frontières, les forces de police, les exploitants d’aéroports, les opérateurs d’infrastructures critiques et les responsables de la sécurité événementielle. Les petits systèmes aériens sans pilote peuvent être utilisés à des fins d’observation, de perturbation ou de transport de charges utiles, tandis que leur faible coût et leurs cycles d’évolution rapides les rendent difficiles à gérer uniquement selon les principes conventionnels de défense aérienne. Il en résulte une demande croissante pour des systèmes capables de détecter, classifier, suivre et traiter un large éventail de risques aériens, tout en respectant les contraintes juridiques et de sécurité.

Dans ce contexte, pendant deux jours au début du mois de juin, ASELSAN a présenté avec succès son système intégré de défense anti-drones en présence de représentants des médias et de délégations venues de 20 pays. L’entreprise turque spécialisée dans l’électronique de défense, qui exposait à Milipol Paris 2025, a profité de cette démonstration pour illustrer l’utilisation coordonnée d’İHTAR, GÖKBERK et EJDERHA face aux menaces représentées par les mini et micro-drones. La démonstration a également mis en avant le positionnement plus large d’ASELSAN en tant que première entreprise turque d’électronique de défense, active dans les technologies de défense et de sécurité.

Les systèmes anti-UAV deviennent un élément clé d’une sécurité multicouche

La planification moderne de la lutte anti-UAV repose de plus en plus sur l’intégration de plusieurs capacités plutôt que sur un capteur ou un effecteur unique. La Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA) américaine a souligné l’intérêt d’intégrer les technologies de détection des UAS dans les dispositifs de sécurité existants afin de favoriser une approche de protection multicouche. Les travaux de recherche et les analyses doctrinales vont dans le même sens, en soulignant que détection, identification, aide à la décision et neutralisation doivent être combinées afin de réduire les fausses alertes et de permettre aux équipes de sécurité d’apporter une réponse proportionnée.

Cette approche multicouche est essentielle car tous les incidents impliquant des drones ne présentent pas le même niveau de risque. Un aéronef de loisir volant à proximité d’un aéroport, un quadricoptère modifié près d’une prison, un drone de surveillance survolant un site industriel sensible ou une attaque coordonnée impliquant plusieurs UAV nécessitent des réponses différentes. Une réponse exclusivement cinétique peut être disproportionnée, voire illégale, dans certains environnements civils, tandis qu’une réponse uniquement électronique peut s’avérer insuffisante face à des drones autonomes, renforcés ou évoluant dans des environnements radiofréquences fortement encombrés.

Systèmes anti-drones intégrés d’ASELSAN, dont IHTAR et EJDERHA, combinant détection, guerre électronique et capacités à énergie dirigée.

La démonstration menée par ASELSAN en juin a ainsi abordé une question opérationnelle centrale : comment une autorité de sécurité peut-elle passer de la détection à l’action sans créer de nouveaux risques ? Selon ASELSAN, son système de défense anti-drones assisté par l’IA (DRONEDEF) assure une protection contre les menaces représentées par les mini et micro-UAV dans des configurations mobiles et intégrées, notamment pour la protection de zones et d’installations, avec une portée de détection de 10 km. Lors de l’événement, ASELSAN a présenté son portefeuille de solutions anti-UAV comme faisant partie du niveau inférieur de l’architecture de défense aérienne Steel Dome de Türkiye, combinant des mesures soft-kill et hard-kill contre les menaces de mini et micro-UAV.

Au cœur du système intégré de défense anti-drones d’ASELSAN

La démonstration a réuni trois composantes principales. İHTAR constitue le cœur du dispositif anti-UAV, en assurant la détection, le suivi et la réponse face aux menaces représentées par les petits drones. GÖKBERK ajoute une capacité hard-kill à énergie dirigée, utilisant la technologie laser pour neutraliser physiquement certaines cibles lorsque les mesures électroniques ne sont pas suffisantes ou adaptées. EJDERHA apporte quant à lui un effet micro-ondes de forte puissance, élargissant la capacité du système à traiter les mini et micro-UAV dans différents scénarios de menace.

L’intérêt ne réside pas uniquement dans les différentes technologies, mais également dans leur coordination. Les systèmes anti-drones doivent réduire au maximum le délai entre la détection et la réponse. Les opérateurs doivent savoir si un objet aérien est présent, s’il est autorisé, quelle est sa trajectoire et quelle réponse est permise. Un système capable de fusionner plusieurs capteurs et effecteurs peut offrir aux décideurs un éventail plus large d’options, allant de la surveillance à la perturbation, jusqu’à la neutralisation physique.

ASELSAN a également intégré son portefeuille anti-UAV dans une architecture de défense aérienne plus large. Reuters indiquait en mai 2026 qu’ASELSAN prévoyait d’accroître ses livraisons de composants destinés au système de défense aérienne Steel Dome de Türkiye, notamment des radars d’alerte avancée, des systèmes de guerre électronique et des solutions de lutte anti-drones. Cette approche est particulièrement pertinente pour les acteurs de la sécurité intérieure, car de nombreuses menaces se situent désormais à la frontière entre missions de police et de défense. L’espace aérien à basse altitude au-dessus des villes, ports, frontières et sites énergétiques nécessite de plus en plus une vision opérationnelle commune partagée entre autorités civiles, forces de l’ordre et organismes liés à la défense.

La démonstration de juin faisait également suite à la présentation par ASELSAN, cette année, de nouvelles solutions de guerre électronique et de lutte anti-UAV, avec de nouvelles versions de KORAL, ILGAR et EJDERHA, ainsi qu’une version 10 kW de GÖKBERK. Cette évolution montre que les capacités anti-drones sont désormais envisagées comme un élément d’un écosystème plus large de guerre électronique et de défense aérienne, plutôt que comme un simple produit autonome de protection périmétrique.

Des communications aux marchés internationaux de la sécurité

ASELSAN a été créée en 1975 afin de répondre aux besoins des forces armées turques en équipements de communication. Depuis, son développement l’a conduite à investir des domaines tels que les communications, les radars, l’électro-optique, la guerre électronique, la défense aérienne, les systèmes navals et les technologies de sécurité. L’entreprise se présente aujourd’hui comme un fournisseur international de solutions d’électronique de défense couvrant des applications allant des fonds marins à l’espace.

Cette diversité de compétences est particulièrement pertinente sur le marché de la défense anti-drones. Les systèmes anti-UAV ne sont pas des produits isolés. Ils mobilisent des savoir-faire en ingénierie radar, surveillance électro-optique, logiciels de commandement et de contrôle, guerre électronique, gestion de l’énergie et intégration de plateformes. Une entreprise disposant d’une expertise dans l’ensemble de ces domaines peut ainsi associer capteurs et effecteurs au sein d’architectures plus complètes destinées aux sites fixes, aux véhicules et aux unités déployables.

Les récentes participations d’ASELSAN à des salons professionnels permettent également de présenter ces technologies aux décideurs de la sécurité intérieure. À Milipol Paris 2025, l’un des produits présentés par l’entreprise était ODAKAN UMA 8T10, un système de caméra de surveillance combinant imagerie de jour et thermique pour les opérations terrestres et maritimes, avec des fonctions d’analyse assistées par l’IA, de détection automatique et de suivi. La participation prévue de l’entreprise à Milipol Qatar prolonge cet engagement sur le marché de la sécurité dans le Golfe. Milipol Qatar se tiendra du 20 au 22 octobre 2026 au Doha Exhibition and Convention Center.

Système de surveillance électro-optique ODAKAN UMA 8T10 d’ASELSAN monté sur un trépied sous un ciel bleu.

Pour les acteurs de la sécurité intérieure, la démonstration menée par ASELSAN en juin montre que la lutte anti-drones repose de plus en plus sur une architecture globale plutôt que sur un dispositif unique. L’enjeu consiste à combiner connaissance de la situation, clarté juridique, réponse proportionnée et interopérabilité. Le système intégré de défense anti-drones d’ASELSAN illustre la manière dont l’industrie cherche à répondre à cette exigence grâce à une approche multicouche associant détection, capacités soft-kill et hard-kill.

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