Du 9 au 12 février 2026, Europol a organisé l’exercice de grande ampleur Allies 2026, conçu pour renforcer la coopération transfrontalière et l’interopérabilité opérationnelle entre les autorités européennes chargées de l’application de la loi. Réunissant des unités de surveillance, des agents de sûreté en vol et des forces d’intervention spéciales issues de 12 États membres de l’Union européenne, l’exercice a simulé des menaces complexes et évolutives s’étendant sur plusieurs juridictions à travers l’Europe.
Publié le 04 mars 2026 à 12:00 | Modifié le 04 mars 2026 à 1:04

Organisé au siège d’Europol à La Haye, cet exercice de quatre jours basé sur des scénarios a permis de tester la capacité des agences participantes à mener des opérations de surveillance multinationales coordonnées, à assurer des relais transfrontaliers fluides et à passer rapidement d’une surveillance discrète à une intervention tactique.

 

Deux scénarios parallèles, un objectif opérationnel

L’exercice a simulé deux opérations imbriquées, se déroulant simultanément dans plusieurs pays européens. Les deux scénarios visaient à reproduire des défis sécuritaires réalistes auxquels l’Union européenne est actuellement confrontée : des réseaux de trafic de drogue organisés et des menaces hybrides visant des infrastructures critiques.

L’objectif principal consistait à maintenir une surveillance transfrontalière continue de plusieurs cibles de grande valeur, appelées « tangos », tout en garantissant un partage sécurisé des informations et une coordination opérationnelle fluide entre les unités nationales impliquées.

 

Opération Shamrock : traquer le trafic de drogue transfrontalier

Le premier scénario, baptisé Opération Shamrock, a débuté en Irlande et suivait des individus soupçonnés de voyager à travers l’Europe pour se procurer des stupéfiants en utilisant des transactions en cryptomonnaies.

Les équipes de surveillance ont suivi les cibles lors de leur vol vers Amsterdam, leurs rencontres avec des trafiquants présumés, puis leurs déplacements à Rotterdam avant de prendre la route vers la France. Les « tangos » se sont arrêtés à Amiens et à Rouen avant d’embarquer sur un ferry reliant Cherbourg à Dublin. Tout au long de l’opération, la responsabilité de la surveillance a été transmise en temps réel entre les équipes nationales, exigeant une coordination précise et un haut niveau de confiance entre les agences.


Deux embarcations rapides transportant des soldats en tenue tactique naviguent à grande vitesse sur une rivière, soulevant des gerbes d’eau lors d’une opération militaire.

À leur retour en Irlande, les suspects ont été suivis jusqu’à un entrepôt, où une unité d’intervention spéciale a procédé à la phase d’arrestation. Le scénario visait à tester non seulement les capacités de suivi opérationnel, mais aussi la gestion sécurisée des flux de renseignement à travers les frontières.

Opération Cargill : contrer les menaces hybrides

Menée en parallèle, l’Opération Cargill s’est concentrée sur des individus soupçonnés de préparer des attaques coordonnées contre des infrastructures critiques dans plusieurs États membres. Le scénario impliquait le suivi de déplacements à travers la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Roumanie.

Les cibles ont été observées rencontrant des contacts et menant des activités de reconnaissance liées à des attaques planifiées contre des centrales électriques, un port pétrolier et un parc éolien. L’objectif était d’identifier, surveiller et neutraliser la menace avant son passage à l’acte.

La complexité de l’opération nécessitait une synchronisation étroite entre les unités de surveillance et les équipes d’intervention spéciales, ainsi que des procédures d’escalade rapides lors du passage de la collecte de renseignement à l’action opérationnelle. Au final, les « tangos » ont été appréhendés à la suite d’une action multinationale coordonnée.

 

Un cadre opérationnel inter-réseaux

L’une des caractéristiques majeures d’Allies 2026 réside dans sa dimension inter-réseaux. Trois réseaux européens spécialisés dans la sécurité ont collaboré tout au long de l’exercice, chacun apportant une expertise spécifique.

Le réseau ATLAS, qui célèbre cette année son 25ᵉ anniversaire, constitue le cadre de coopération des unités d’intervention spéciales en Europe. Il regroupe 38 unités provenant des 27 États membres de l’UE, ainsi que d’Islande, de Norvège, de Suisse et du Royaume-Uni. ATLAS se concentre sur la lutte contre le terrorisme et la grande criminalité organisée. Sa participation a permis de garantir que les phases d’intervention reflètent les standards tactiques et la doctrine opérationnelle actuels.

Le European Surveillance Group (ESG) a apporté son expertise en matière de filature discrète et de méthodologie de surveillance transfrontalière. Financé par la Commission européenne, l’ESG soutient les forces de l’ordre par la formation, les échanges opérationnels et le développement de techniques de surveillance avancées. Pendant l’exercice, l’ESG a veillé à l’application cohérente de procédures communes entre les pays participants.

Le réseau des In-Flight Security Officers (EIFS) a contribué avec ses capacités liées à la sûreté aérienne. Axé sur le renforcement de la coopération entre les air marshals en Europe, l’EIFS soutient des standards de formation communs, des méthodologies d’évaluation des menaces et des protocoles de communication sécurisés. Compte tenu des composantes aériennes des deux scénarios, son rôle a renforcé l’intégration de la sûreté aérienne dans la planification opérationnelle globale.

 

La technologie comme multiplicateur opérationnel

L’innovation a également joué un rôle central. Les participants ont testé la plateforme de communication tactique financée par l’UE NEOS, conçue pour faciliter la coordination opérationnelle sécurisée en temps réel lors d’activités de surveillance discrète. La plateforme a permis aux unités participantes de partager des mises à jour de situation, des éléments de renseignement et des développements opérationnels dans un environnement numérique protégé.

L’utilisation de NEOS illustre la place croissante des outils d’interopérabilité numérique dans la coopération moderne entre services de sécurité. Dans les enquêtes transfrontalières complexes, la rapidité et la fiabilité des échanges d’informations peuvent être déterminantes pour le succès opérationnel.


La salle de coordination d’Europol à La Haye a servi de centre stratégique pour l’exercice. Depuis ce centre, les facilitateurs ont suivi l’évolution des opérations, introduit des mises à jour du scénario et veillé au respect des procédures. Europol a assuré la coordination logistique, le soutien des installations et l’encadrement opérationnel, renforçant ainsi son rôle central comme plateforme de coopération entre les forces de l’ordre européennes.

Gros plan sur un écusson militaire « ALLIES 2026 » cousu sur un uniforme, représentant un globe, un avion et plusieurs drapeaux nationaux symbolisant une coopération internationale.

Renforcer la préparation face à l’évolution des menaces

L’environnement sécuritaire en Europe continue d’évoluer, avec des réseaux de criminalité organisée qui exploitent les outils numériques et des menaces hybrides visant les vulnérabilités des infrastructures. Des exercices tels qu’Allies 2026 illustrent une approche proactive de la préparation.

Plutôt que de réagir aux incidents une fois qu’ils surviennent, les services européens chargés de l’application de la loi investissent dans l’interopérabilité, la formation conjointe et des doctrines opérationnelles partagées. La capacité à mener une surveillance ininterrompue à travers plusieurs juridictions, à gérer le renseignement de manière sécurisée et à exécuter des interventions coordonnées devient de plus en plus essentielle.

Les pays ayant participé à l’exercice sont l’Autriche, la Belgique, la Tchéquie, la France, l’Allemagne, la Hongrie, l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, la Roumanie et la Slovaquie.

En simulant la complexité d’opérations réelles dans un cadre contrôlé, Allies 2026 a offert un environnement structuré pour identifier les lacunes, affiner les procédures et renforcer la confiance mutuelle entre les agences.

 

La coopération opérationnelle à l’honneur à Milipol

Alors que les professionnels internationaux de la sécurité se réunissent lors d’événements tels que Milipol, des exercices comme Allies 2026 illustrent la dimension concrète de la coopération européenne. Au-delà des discussions politiques, ils mettent en lumière les cadres opérationnels, les technologies et les standards tactiques qui soutiennent les efforts de sécurité transfrontaliers.

Dans un contexte marqué par la criminalité transnationale, les menaces hybrides et l’évolution rapide des technologies, l’interopérabilité est devenue une condition essentielle pour une action efficace des forces de l’ordre. Allies 2026 souligne ainsi comment une préparation coordonnée aujourd’hui renforce la résilience collective de demain.




Crédit images : Europol