Alors que les menaces terroristes se diversifient et se décentralisent, les services de renseignement à travers le monde sont appelés à évoluer en abandonnant les modèles de surveillance traditionnels au profit de cadres plus intégrés et anticipatifs.
Publié le 12 septembre 2025 à 8:58 | Modifié le 12 septembre 2025 à 9:26

Si la menace d’attaques de grande ampleur, coordonnées de manière centralisée, demeure présente, la montée des acteurs isolés, des idéologies transnationales et de l’influence des plateformes numériques oblige gouvernements et institutions internationales à repenser les méthodes de détection, de prévention et de réponse face au terrorisme. En Europe et ailleurs, les services de renseignement tendent vers des approches fondées sur la collaboration multidisciplinaire, l’engagement local et le respect de l’État de droit.

 

Belgique : Un modèle décentralisé et multidisciplinaire

Pour répondre à ces dynamiques évolutives, la Belgique a mis en place l’un des cadres les plus intégrés en matière de lutte contre le terrorisme en Europe. À la suite des attentats de Bruxelles en 2016, une commission d’enquête parlementaire a conduit à l’élaboration de la Note Stratégique Extrémisme et Terrorisme, également appelée Stratégie T.E.R.

Cette approche redéfinit le rôle du renseignement en favorisant une coopération renforcée entre les services de sécurité, les forces de police, les autorités locales et les acteurs sociaux.

Au cœur du dispositif belge se trouvent des plateformes locales décentralisées—Taskforces Locales (TFL) et Cellules de Sécurité Intégrée Locale (CSIL-R)—permettant une évaluation conjointe des cas de radicalisation. Les services de renseignement, comme la Sûreté de l’État (VSSE) et le SGRS (service de renseignement militaire), collaborent étroitement avec la police et les autorités administratives. L’objectif ne se limite pas à la surveillance et à l’intervention, mais inclut la prévention, la réinsertion et le suivi individualisé.

La gestion des risques repose sur des évaluations dynamiques, au cas par cas, appuyées par une base de données partagée et des protocoles juridiques clairs. La stratégie souligne l’importance d’une responsabilité partagée et d’un langage opérationnel commun entre tous les acteurs concernés.

 

Allemagne : Surveillance préventive et garanties juridiques

Les services de renseignement allemands mettent depuis longtemps l’accent sur la prévention, à travers la surveillance et la protection de l’ordre constitutionnel. Le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV)—Office fédéral de protection de la Constitution—pilote les efforts de surveillance nationaux contre les menaces émanant aussi bien de l’extrémisme islamiste que de l’extrême droite.

En collaboration avec les services régionaux (LfV) et le Centre commun de lutte contre le terrorisme (GTAZ), le BfV contribue à un système d’alerte précoce destiné à informer les forces de l’ordre sur les risques émergents.

Le modèle allemand repose sur un fort encadrement juridique, afin de garantir un équilibre entre sécurité et libertés civiles. Les services de renseignement n’ont pas de pouvoir d’arrestation ni de poursuite judiciaire, mais jouent un rôle essentiel dans la collecte et l’analyse des signaux de radicalisation. Ces informations peuvent être transmises aux autorités judiciaires si une action légale est requise.

Des programmes de prévention communautaire et de déradicalisation viennent de plus en plus compléter les efforts de surveillance, en particulier dans les cas impliquant des mineurs, des rapatriés ou des influenceurs en ligne.


Indonésie : Une stratégie ancrée localement et axée sur le renseignement

En Indonésie, le modèle de lutte contre le terrorisme reflète l’expérience qu’a le pays de la violence extrémiste. L’Agence nationale de lutte contre le terrorisme (BNPT) coordonne la réponse stratégique et politique, tandis que l’unité spéciale de police Densus 88 mène des opérations ciblées basées sur le renseignement. L’Agence de renseignement d’État (BIN) joue quant à elle un rôle plus large dans la surveillance des menaces transnationales et la coordination des évaluations nationales des risques.

L’un des piliers de la stratégie indonésienne est l’importance accordée à la coopération régionale et internationale. À travers des plateformes comme le Bali Process et des accords bilatéraux de sécurité avec l’Inde ou la Chine, l’Indonésie favorise l’échange d’informations et la préparation opérationnelle au-delà de ses frontières.

Les services de renseignement sont également impliqués dans les programmes de déradicalisation et de réinsertion, notamment pour la gestion du retour des combattants étrangers et la prévention des récidives. En intégrant renseignement, action policière et politiques sociales, l’Indonésie s’efforce de traiter à la fois les causes profondes et les réalités opérationnelles de l’extrémisme.

Les services de renseignement jouent un rôle central dans la lutte antiterroriste moderne. Alors que les menaces deviennent plus fragmentées et moins prévisibles, la capacité à détecter, évaluer et agir sur les signaux précoces de radicalisation—tout en préservant les principes démocratiques—s’impose comme une priorité partagée à l’échelle mondiale.