À mesure que les actifs numériques s'intègrent à l'économie du quotidien, les vols et les fraudes commis par voie numérique atteignent des niveaux sans précédent. Les gouvernements renforcent leurs commandements cyber spécialisés afin de protéger les crypto-actifs, les données sensibles et les systèmes critiques.
Publié le 06 août 2026 à 1:23 | Modifié le 06 août 2026 à 1:36

Longtemps considérés comme un domaine de niche réservé aux spécialistes de la finance et aux technologies émergentes, les actifs numériques se sont rapidement imposés comme une composante essentielle de l'économie moderne. Ils transforment la manière dont la valeur est stockée, transférée et protégée, représentant désormais une part croissante de l'épargne des particuliers, de la valeur des entreprises et des infrastructures publiques. Cette évolution en fait une cible de choix pour les organisations criminelles.

Cette transformation s'est accompagnée d'une forte augmentation des vols commis par voie numérique. Les dernières estimations mondiales indiquent que plus de 2,1 milliards de dollars (environ 2 milliards d'euros) de crypto-actifs ont été dérobés dans le monde en 2024, tandis que les pertes ont continué d'augmenter en 2025. Les cybercriminels ciblent désormais de plus en plus les portefeuilles numériques individuels, les plateformes de finance décentralisée (DeFi) et les infrastructures d'échange.

Une part importante de ces attaques repose davantage sur le vol d'identifiants, l'ingénierie sociale ou les logiciels malveillants que sur des failles techniques complexes, soulignant l'importance du facteur humain dans la protection des actifs numériques.

À mesure que particuliers, entreprises et administrations détiennent davantage de valeur sous forme numérique, les cyberattaques visant ces actifs sont devenues un véritable enjeu structurel de sécurité. La protection des crypto-actifs, des données sensibles et des systèmes financiers numériques se situe désormais à la croisée des préoccupations liées à l'application de la loi, à la stabilité économique et à la sécurité intérieure.

En réponse, les États renforcent leurs structures de commandement cyber afin non seulement d'enquêter sur les cybercrimes après leur survenue, mais aussi de prévenir les compromissions massives avant qu'elles ne se produisent.

 

Le COMCYBER-MI : la réponse française pour protéger les actifs numériques

Au cœur du dispositif français se trouve le Commandement du ministère de l'Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI), créé pour fédérer les capacités cyber du ministère de l'Intérieur. Sa mission dépasse largement la réponse technique aux incidents. Elle vise de plus en plus à protéger les actifs numériques détenus par les particuliers, les entreprises et les institutions publiques.

Le COMCYBER-MI coordonne les opérations cyber de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale afin d'assurer une réponse cohérente aux enquêtes portant sur les vols de crypto-actifs, les rançongiciels (ransomware) et les fraudes numériques d'ampleur.

Analyste en cybersécurité tapant sur un ordinateur portable affichant des données et des interfaces de surveillance des menaces.
En centralisant le renseignement, les capacités opérationnelles et le soutien judiciaire, il permet une attribution plus rapide des attaques ainsi qu'une meilleure localisation et saisie des actifs numériques volés. Cette approche traduit une réalité nouvelle : les cyberactifs ne sont plus seulement des instruments financiers, mais également des cibles stratégiques dont la compromission peut fragiliser la confiance dans l'ensemble de l'écosystème numérique.

La prévention constitue également un pilier majeur des missions du COMCYBER-MI. Le commandement travaille avec les autorités publiques et les acteurs du secteur privé afin de sensibiliser aux risques liés aux portefeuilles numériques, aux plateformes d'échange et aux solutions de finance décentralisée. Il encourage notamment le recours à des mécanismes d'authentification renforcée et développe la coopération avec les autorités de régulation financière.

Souvent peu visibles du grand public, ces actions participent pourtant directement à la protection de la souveraineté économique en limitant l'exposition systémique à la criminalité financière numérique.

 

L'Allemagne : un modèle combinant répression et résilience

L'Allemagne a adopté une approche complémentaire associant action judiciaire et renforcement de la résilience numérique. Le Bundeskriminalamt (BKA) constitue l'autorité centrale chargée des principales enquêtes relatives à la cybercriminalité, notamment celles portant sur les vols de crypto-actifs et les fraudes en ligne de grande ampleur. Sa mission consiste à coordonner les investigations menées aux niveaux fédéral et régional, en particulier lorsque les actifs numériques transitent rapidement entre plusieurs juridictions.

À ses côtés, le Bundesamt für Sicherheit in der Informationstechnik (BSI) est chargé d'élaborer les normes nationales de cybersécurité et d'assurer la protection des systèmes numériques. S'il ne dispose pas de pouvoirs d'enquête, le BSI joue un rôle déterminant dans la sécurisation des infrastructures qui soutiennent les actifs numériques, qu'il s'agisse des centres de données ou des standards cryptographiques utilisés par les administrations publiques. En coopération étroite avec les opérateurs d'infrastructures critiques et le secteur privé, il contribue à réduire les vulnérabilités exploitées par les cybercriminels.

L'approche allemande illustre une conviction forte : la protection des cyberactifs nécessite à la fois des capacités de répression efficaces et une architecture numérique résiliente. Les forces de l'ordre poursuivent les auteurs, tandis que la protection durable des actifs repose sur des systèmes robustes et une responsabilité partagée entre acteurs publics et privés.

 

Les États-Unis : une protection à plusieurs niveaux

Aux États-Unis, la protection des cyberactifs repose sur une distinction claire entre défense militaire et répression judiciaire. Au niveau stratégique, l'United States Cyber Command est chargé de protéger les réseaux du Département de la Défense et de conduire les opérations militaires dans le cyberespace au service des intérêts de sécurité nationale. S'il n'exerce pas de missions de police judiciaire, il veille à la protection des infrastructures militaires critiques dont la compromission pourrait avoir des conséquences majeures sur la sécurité nationale et l'économie.

Les enquêtes relatives aux vols de crypto-actifs, aux rançongiciels et aux fraudes financières numériques relèvent principalement du Federal Bureau of Investigation (FBI). Au sein du Bureau, la Cyber Division pilote les investigations les plus complexes en réunissant enquêteurs spécialisés, analystes du renseignement et experts techniques. Elle traite un large éventail de menaces : intrusions informatiques, escroqueries en ligne, détournements de crypto-actifs et attaques visant les systèmes de paiement numériques.

Pour renforcer ses capacités, le FBI a développé une expertise spécifique consacrée aux actifs numériques. Ses équipes sont capables de retracer les transactions illicites en cryptomonnaies, d'identifier les mécanismes de blanchiment et de contribuer à la saisie judiciaire des actifs volés. Cette action repose sur une coopération étroite avec les plateformes d'échange de cryptomonnaies, les entreprises de cybersécurité et les institutions financières, dont les informations sont essentielles pour comprendre les mécanismes d'une criminalité numérique en constante évolution.

Compte tenu de la dimension intrinsèquement internationale de ces infractions, la Cyber Division joue également un rôle majeur dans la coopération avec les services étrangers et les groupes de travail multilatéraux.
Pièces de cryptomonnaie posées sur un clavier, illustrant la cybercriminalité financière et le vol d'actifs numériques.

Les cyberactifs : un enjeu majeur de sécurité

L'essor rapide des actifs numériques a profondément transformé le paysage des menaces, plaçant la valeur numérique au cœur des préoccupations contemporaines en matière de sécurité. Du COMCYBER-MI français au modèle allemand fondé sur la prévention et la répression, en passant par l'approche américaine à plusieurs niveaux, les États convergent vers une même conclusion : la protection des cyberactifs est devenue indispensable à la stabilité économique et à la confiance du public.

À mesure que la cybercriminalité devient plus sophistiquée et plus lucrative, ces nouveaux dispositifs illustrent une évolution vers une défense stratégique et intégrée de la valeur numérique. Dans ce contexte, Milipol Paris constitue un lieu privilégié d'échange sur la manière dont la protection des cyberactifs s'inscrit dans les politiques globales de sécurité intérieure, en réunissant institutions, technologies et experts engagés dans la défense des fondements numériques de nos sociétés.

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