La journée Safer Internet Day, célébrée le 10 février 2026, souligne les défis croissants liés à la sécurisation du monde numérique pour tous. Face à cette évolution, gouvernements, unités de police et nouvelles technologies intensifient leurs actions, de la prévention et de la sensibilisation à la lutte active contre la cybercriminalité.
Publié le 25 février 2026 à 7:24 | Modifié le 25 février 2026 à 7:42

Le 10 février, le Safer Internet Day a remis en lumière à la fois les promesses et les dangers de la vie en ligne. Créé comme une campagne mondiale en faveur d’un usage plus sûr et plus responsable des technologies numériques, le Safer Internet Day va au-delà de la simple sensibilisation pour encourager des actions concrètes de la part des familles, des éducateurs, des entreprises et des décideurs publics. Lancée à l’origine en Europe en 2004, cette journée est aujourd’hui célébrée dans près de 190 pays, alors que les préoccupations liées à la sécurité en ligne ne cessent de croître dans une société toujours plus connectée.

Le thème de cette année a, une fois encore, mis en avant les implications bien réelles des comportements en ligne et des outils numériques. Si les enfants et les jeunes sont souvent au cœur du Safer Internet Day, en raison de leur exposition précoce et massive aux réseaux sociaux et aux technologies émergentes, les adultes font tout autant partie de l’équation de la sécurité numérique. Les initiatives couvrent non seulement la sensibilisation aux contenus nuisibles et aux abus en ligne, mais aussi l’adoption de bonnes pratiques de cybersécurité et l’amélioration des mécanismes de signalement.

 

La montée de la cybercriminalité et les réponses des gouvernements

La frontière entre les risques numériques du quotidien et la criminalité grave s’est estompée à mesure que la technologie s’intègre davantage dans la vie courante. La cybercriminalité recouvre un large éventail d’infractions : hameçonnage visant à dérober des informations personnelles, piratage exposant des données financières, rançongiciels bloquant des fichiers jusqu’au paiement d’une somme, ou encore usurpation d’identité. Ces actes peuvent toucher aussi bien des particuliers que des entreprises ou des administrations.

Les données récentes soulignent l’ampleur du défi. Le nombre d’incidents en ligne signalés a fortement augmenté ces dernières années à l’échelle mondiale. Certaines études indiquent que les incidents déclarés sont passés d’environ 1,03 million en 2022 à 2,27 millions en 2024, les tendances pour 2025 laissant entrevoir une nouvelle escalade. Les estimations financières sont tout aussi frappantes : une prévision sectorielle évaluait les dommages économiques mondiaux liés à la cybercriminalité à environ 10 500 milliards de dollars (environ 9 700 milliards d’euros) en 2025, un montant supérieur au PIB de la plupart des pays.

Face à cette situation, les gouvernements renforcent leurs dispositifs. Nombre d’entre eux ont adopté ou actualisé des stratégies nationales de cybersécurité qui dépassent la simple protection technique pour intégrer des enjeux de sécurité nationale et de stabilité économique. Ces stratégies mettent l’accent sur la coopération entre institutions publiques et acteurs privés, l’investissement dans la résilience des infrastructures numériques et la sensibilisation du public aux pratiques en ligne sécurisées. La France, par exemple, a récemment publié une stratégie nationale de cybersécurité détaillant l’ampleur de la menace et les réponses coordonnées entre administrations et forces de l’ordre.

 

Forces de maintien de l’ordre et technologies dans la lutte contre la cybercriminalité

Les services de police et les agences spécialisées s’adaptent à la complexité croissante des menaces numériques. Le cadre français offre des exemples significatifs. L’Unité nationale cyber coordonne les enquêtes numériques, traitant des infractions allant des violations massives de données aux fraudes financières. Issue de structures antérieures de la Gendarmerie nationale, elle illustre une réponse institutionnelle renforcée face à la cybercriminalité.

Au-delà des forces de police, les armées françaises ont également développé des capacités dédiées. Créé le 1er janvier 2025, le Régiment de cyberdéfense est une unité spécialisée au sein de l’Armée de terre, chargée des opérations défensives dans le cyberespace, de la surveillance des menaces et du soutien aux objectifs plus larges de sécurité nationale.

Portrait en noir et blanc d’un homme au visage flouté symbolisant l’anonymat et les risques liés à l’identité numérique
La technologie joue également un rôle central. Les outils d’intelligence artificielle sont désormais utilisés à la fois par les défenseurs et par les attaquants. Si l’IA introduit de nouveaux risques — comme le phishing automatisé ou les contenus « deepfake » destinés à tromper les utilisateurs — elle alimente aussi des systèmes de défense avancés capables de détecter et de neutraliser les menaces à grande échelle. Les principes de conception sécurisée et les fonctionnalités de protection intégrées aux plateformes contribuent à réduire les vulnérabilités, tandis que les outils de détection d’activités malveillantes sont devenus des éléments standards des dispositifs de défense nationaux et d’entreprise.

Les cadres de coopération internationale viennent compléter les actions nationales. Des traités tels que la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité, adoptée par de nombreux États fin 2025, visent à renforcer la coopération transfrontalière en matière de poursuites et de partage de preuves, un mécanisme essentiel face au caractère intrinsèquement transnational de nombreuses infractions numériques.

 

Des risques numériques aux crimes tangibles : la dimension crypto

Si les catégories traditionnelles de cybercriminalité — fraude, usurpation d’identité, harcèlement en ligne — dominent le débat public, de nouvelles menaces hybrides émergent à la frontière entre le monde numérique et le monde physique. L’une d’elles concerne des criminels ciblant des détenteurs de cryptomonnaies par la contrainte ou la violence.

Les cryptomonnaies telles que le bitcoin reposent sur la technologie blockchain, un registre numérique distribué qui enregistre chaque transaction sur un réseau décentralisé. Leur utilisation dans les demandes de rançon a souvent été associée à l’idée qu’elles seraient anonymes et hors de portée des enquêteurs. Pourtant, des spécialistes contestent cette perception. « La crypto fonctionne sur une blockchain, et la blockchain est un registre public où tout est visible, traçable et vérifiable », explique Renaud LIFCHITZ, Consultant senior français en sécurité informatique. Juan Andrés GUERRERO-SAADE, Vice-président chargé de la recherche en renseignement et sécurité chez SentinelOne, souligne également que le bitcoin est l’une des « monnaies les plus traçables que nous ayons jamais connues ».

Si les portefeuilles sont pseudonymes, l’analyse de la blockchain permet aux forces de l’ordre de suivre les flux de transactions, d’identifier des schémas et, dans de nombreux cas, de relier des portefeuilles numériques à des acteurs réels. Cette capacité constitue un outil d’enquête majeur dans les affaires de rançongiciels, de fraude organisée ou d’extorsion liée aux cryptoactifs.
Personne en sweat à capuche devant plusieurs écrans affichant une carte du monde et du code informatique dans un contexte de cyberattaque

Des incidents récents en France, dont des tentatives d’enlèvement, ont impliqué des demandes de rançon en cryptomonnaie. Ces événements illustrent la manière dont la criminalité financière facilitée par le numérique peut s’articuler avec des formes plus traditionnelles de criminalité, démontrant que les vulnérabilités numériques peuvent avoir des conséquences bien réelles hors ligne. Ils soulignent également la nécessité pour les forces de l’ordre et les acteurs de la sécurité numérique d’adapter leurs réponses à ces menaces hybrides mêlant cyber et méthodes criminelles classiques.

 

Milipol Paris et la quête permanente de sécurité numérique

Le Safer Internet Day 2026 met en évidence à la fois le potentiel et la fragilité de notre monde connecté. Les campagnes de sensibilisation, les initiatives éducatives et les technologies de protection sont essentielles, mais elles doivent s’appuyer sur des stratégies gouvernementales solides et une application rigoureuse de la loi pour couvrir l’ensemble des risques numériques. Des événements comme Milipol Paris, axés sur la sécurité intérieure et les technologies émergentes, constituent des forums clés pour partager analyses et innovations dans le domaine de la sécurité numérique. Alors que les cybermenaces continuent d’évoluer, la coopération entre industrie, pouvoirs publics et société civile sera déterminante pour façonner un internet plus sûr et plus résilient pour tous.

 

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