Dans les mois précédant l’allumage de la flamme, les athlètes peaufinent les derniers détails d’années de préparation intense, tandis que les spectateurs du monde entier organisent leur séjour dans le nord de l’Italie. Sur la scène olympique, chaque compétiteur doit pouvoir se concentrer exclusivement sur sa performance. De leur côté, les visiteurs attendent une expérience marquée par la célébration et l’émotion collective, non par l’incertitude. Derrière cette promesse se cache un travail de longue haleine : bien avant les premières épreuves, les équipes chargées de la sûreté et de la sécurité œuvrent discrètement afin que l’attention reste portée sur le sport plutôt que sur le risque.
Une architecture de commandement centralisée et connectée
Les Jeux s’ouvriront le 6 février 2026 dans un contexte sécuritaire particulièrement exigeant. Les autorités italiennes ont présenté un dispositif qualifié d’historique par son ampleur. Au cœur de ce système figure la Salle internationale des opérations olympiques (SOIO), centre de commandement fonctionnant 24h/24 depuis Rome.
Cette plateforme stratégique assure la liaison permanente avec les préfectures et directions de police des principales villes concernées par l’événement Milan, Bolzano, Trente, Venise ou encore Vérone. L’objectif : coordonner en temps réel les opérations sur un territoire olympique éclaté entre métropoles et zones alpines. La SOIO collabore également avec des partenaires internationaux tels qu’Interpol et Europol afin d’anticiper les menaces et de partager les renseignements sensibles.
Des périmètres renforcés et une présence sécuritaire massive
Autour des sites olympiques, des zones de sécurité strictement contrôlées ont été instaurées. Les « zones rouges » limiteront l’accès aux personnes accréditées et feront l’objet d’une surveillance vidéo intensive. Des équipes cynophiles et des unités spécialisées dans la détection et la neutralisation d’engins explosifs mèneront des inspections régulières avant les compétitions. Des tireurs d’élite seront positionnés sur certains points stratégiques, une mesure classique lors d’événements d’envergure, mais toujours sensible sur le plan symbolique.
Les infrastructures de transport, notamment les gares ferroviaires et les points de passage frontaliers, feront également l’objet de contrôles accrus, dans un contexte où les grands rassemblements internationaux exigent une vigilance renforcée sur les flux de mobilité.
Le ministère italien de l’Intérieur a confirmé le déploiement d’environ 6 000 agents des forces de l’ordre sur l’ensemble des sites. Parmi eux :
- Près de 3 000 policiers
- Environ 2 000 Carabinieri
- Plus de 800 membres de la Guardia di Finanza
Ce dispositif sera complété par des unités alpines, des spécialistes du contre-terrorisme, des équipes anti-sabotage et des experts en déminage. Les forces armées italiennes apporteront un appui technologique via des drones, des radars de surveillance et des dispositifs de contrôle aérien. Des zones d’exclusion aérienne seront mises en place afin de sécuriser l’espace au-dessus des sites sensibles.

Cybersécurité : une priorité stratégique
Au-delà de la protection physique, l’Italie a considérablement renforcé son volet numérique. Un centre de cybersécurité opérationnel en continu supervisera les réseaux, systèmes et infrastructures liés aux Jeux afin de détecter toute tentative d’intrusion ou d’attaque.
Le budget reflète l’importance accordée à ces enjeux : environ 30 millions d’euros ont été alloués à la sécurité en 2025, et 114 millions d’euros supplémentaires sont prévus pour 2026. Des tentatives de cyberattaques visant des sites gouvernementaux et des plateformes liées aux Jeux auraient déjà été neutralisées, illustrant la réalité des menaces hybrides contemporaines.
Dispositif médical renforcé
La sécurité ne se limite pas aux risques intentionnels. À Milan, l’hôpital Niguarda dispose désormais d’un service d’urgence dédié aux Jeux, comprenant notamment une unité de 21 lits destinée aux athlètes et aux équipes techniques. Ce dispositif s’inscrit dans un réseau médical élargi, incluant des infrastructures modernisées et des postes de secours installés sur plusieurs sites de compétition comme Bormio, Livigno et Sondalo.
L’objectif est double : répondre rapidement aux blessures sportives tout en garantissant la prise en charge d’éventuelles urgences touchant spectateurs et personnel.
Le précédent parisien : un modèle de vigilance renforcée
Deux ans auparavant, les Jeux Olympiques de Paris 2024 avaient déjà marqué un tournant en matière de sécurité événementielle. La France avait mobilisé jusqu’à 45 000 policiers et gendarmes lors des journées les plus sensibles, appuyés par des militaires et des agents de sécurité privés.
La cérémonie d’ouverture sur la Seine, organisée dans un espace urbain ouvert et très fréquenté, avait nécessité un dispositif exceptionnel combinant périmètres sécurisés, filtrage des accès, vidéosurveillance étendue et coordination centralisée via un centre stratégique national.
La France s’était également appuyée sur l’expérience d’opérations antiterroristes de longue durée telles que l’opération Sentinelle, maintenant une présence militaire dans les zones sensibles depuis 2015. Ce retour d’expérience constitue aujourd’hui un référentiel pour d’autres pays hôtes.
Jeux multi-sites : un défi logistique particulier
Les Jeux de Milano-Cortina présentent une configuration spécifique : ils se déploient entre grandes villes et territoires alpins, avec une fréquentation estimée à environ deux millions de visiteurs. Cette dispersion géographique impose des protocoles adaptables, capables de répondre à la fois à la densité urbaine de Milan et aux contraintes logistiques des sites de montagne.
L’approche italienne s’inscrit dans une tendance mondiale : combiner sécurité physique, partage international d’informations et protection numérique dans une architecture intégrée.

Vers 2030 : la France déjà en préparation
La France accueillera à son tour les Jeux d’hiver en 2030 dans les Alpes. Les premières réflexions laissent entrevoir une continuité stratégique avec les expériences de Paris 2024 et Milano-Cortina 2026. Les futures orientations devraient renforcer :
- la coordination inter-agences
- les capacités de cyberdéfense
- l’intégration de technologies émergentes
- la résilience territoriale et communautaire.
Un laboratoire grandeur nature pour la sécurité internationale
Pour les professionnels réunis lors d’événements spécialisés comme Milipol Paris, ces Jeux constituent un observatoire privilégié des pratiques contemporaines en matière de gestion des risques complexes. Les dispositifs déployés en Italie serviront de référence pour les prochaines grandes manifestations internationales. Alors que Milano-Cortina 2026 entre dans sa phase opérationnelle, la communauté internationale de la sécurité suit attentivement l’évolution des stratégies mises en œuvre. Dans un environnement géopolitique marqué par des menaces hybrides et évolutives, ces Jeux d’hiver pourraient bien redéfinir certains standards de la sûreté événementielle mondiale.
